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Les marais de Vance et de Chantemelle

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1. Situation et accès

Tout au long de la Semois, qui prend sa source à Arlon, se succèdent une série de marais à haute valeur biologique. Parmi eux, les marais de Vance et de Chantemelle.
Pour y pénétrer il est nécessaire d'obtenir l'accord des R.N.O.B.
Le milieu est marécageux et peu abordable. Il est préférable de demander une visite guidée auprès du conservateur :
J. Noël, rue A. Henckels  19 - 6700 Sampont - téléphone : 063/23.72.46.

2. Statut du site

En 1964, la commune de Vance (actuellement Etalle) donnait,  par bail emphytéotique  à l’a.s.b.l. Les Réserves Naturelles et Ornithologiques de Belgique (R.N.O.B.), une surface de 12 ha d'un seul tenant. L’objectif était évidemment d’assurer la protection de ce marais tourbier  en le mettant sous statut de réserve naturelle agréée.
La superficie du marais de Chantemelle avoisine les 8 hectares. Le site classé "Réserve" est en réalité situé sur le ban de Vance. Le marais est classé dans son entièreté zone noyau de la  Zone de Protection Spéciale (ZPS) et Zone Spéciale de Conservation de la nature (ZSC).

3. Historique

A quoi sert la tourbe ?

Il semble que c’est la destruction des forêts à l’époque des forges, du XVe au XIXe siècle, qui a provoqué une pénurie en bois de chauffage. Les habitants de la Gaume, et surtout ceux de Vance ont alors procédé à l’extraction de la tourbe afin de l’utiliser comme combustible. Ceci a donné aux habitants de Vance, le sobriquet local de « trouffîs » ; « trouffe » étant le nom wallon de la tourbe. La tourbe était le combustible du pauvre car elle brûlait sans flamme et ne fournissait que peu de chaleur tout en dégageant énormément de fumée ainsi qu’une odeur âcre et piquante qui se répandait dans les habitations en hiver.

La tourbe n’était pas vendue, elle était utilisée par la famille qui l’extrayait. Dès le début de l’été, des groupes de trois ou quatre personnes venaient faucher les grandes herbes sur la parcelle familiale. La parcelle dégagée, ils choisissaient l’emplacement des endroits où ils allaient creuser. Ils délimitaient ainsi une fosse d’extraction d’environ 3 mètres de longueur sur 1,5 mètres de largeur. A l’aide d’une bêche spéciale en fer, appelée louchet, ils procédaient à l’extraction manuelle de blocs de tourbe sur une profondeur qui pouvait atteindre les 2 ou 3 mètres. Ensuite, ils empilaient les blocs en petites meules afin de les faire sécher pendant un mois ou même d’avantage quand le temps était mauvais.

Les familles creusaient ainsi annuellement une fosse d’extraction. Lorsqu’une fosse était terminée, elle se remplissait très vite d’eau, et l’accès au terrain devenait difficile.

L’extraction et l’utilisation de la tourbe subsistèrent jusqu’en 1946. Les marais ont alors été délaissés par les villageois.

4. Description

Qu’est-ce qu’une tourbière ?

La tourbe est une matière brun-noire, spongieuse et légère qui provient de la décomposition de végétaux à l’abri de l’air. En effet, quand le milieu est riche en eau, pauvre en oxygène et quand il présente une acidité élevée, les végétaux morts se décomposent de manière incomplète pour former de la tourbe. Celle-ci s’accumule pendant des siècles sur de grandes épaisseurs pour former des tourbières qui sont soit basses, soit bombées.

Les tourbières basses s’observent dans les dépressions et sont directement en contact avec la nappe d’eau du sol. Les eaux qui les alimentent proviennent du sol et du ruissellement et sont très riches en éléments nutritifs. Les roseaux, les laîches et les autres herbes qui s’y épanouissent deviennent en mourant la matière première de la tourbe. Au cours du temps, la dépression d’eau libre se fermera complètement, ce qu’on appelle l’atterrissement. Par la suite, elle se couvrira d’aulnes, de saules et de bouleaux.

Sur la masse de la tourbe d’un bas-marais atterri ou en d’autres lieux, peut se développer une tourbière haute ou bombée, formée à partir de sphaignes. Les sphaignes sont des mousses qui poussent en matelas et qui s’élèvent au-dessus du niveau de l’eau du sol. Leur décomposition et leur accumulation lente donnent de la tourbe. Contrairement à la tourbière basse, la tourbière haute est alimentée en eau et en éléments nutritifs, non pas par une nappe d’eau du sol, mais par l’eau de pluie. Les sphaignes constituent la quasi-totalité de la matière composant la tourbe sur laquelle aucun arbre ne parvient à survivre tellement le milieu est acide et pauvre en éléments nutritifs.

Flore

L’abandon du marais par l’homme a permis à la végétation de recoloniser le site. La végétation envahissante a éliminé de nombreuses espèces rares. Les points d’eau et les fosses d’extraction se sont recolonisés et la forêt s’est reconstituée naturellement. Elle a mené petit à petit à la fermeture du milieu.

Depuis que les marais sont devenus réserve naturelle, des travaux basés sur des méthodes ancestrales ont été réalisés : fauchage, déboisements et rajeunissement des fosses d’extraction, afin de rétablir la diversité du milieu. On veille aussi à garder un niveau et une qualité de l’eau compatibles avec la flore.
En effet, les marais de Vance et de Chantemelle  présentent avant tout un intérêt botanique. On y trouve à Vance une grande diversité de milieux  : la vaste pelouse sur sable avec callune et succise des prés, le pré de fauche, la forêt marécageuse de saules, les bois d’aulnes, la tourbière à sphaignes, rossolis et canneberge, le bas-marais riche en calcaire et la roselière très mouilleuse à grande douve.

Les biotopes présents à Chantemelle vont de la boulaie tourbeuse, forêt alluviale rare qu'il convient de maintenir intacte, aux prés de molinie, ces grandes herbes rousses qui ondulent au vent l'hiver, en passant par les orchidées et les Aconits Casque de Jupiter qui arborent au début de l'automne une armure bleutée qui rivalise avec l'azur.

Faune

Les oiseaux les plus typiques des marais sont le canard colvert, la poule d’eau et le râle d’eau.  Sporadiquement, on peut entendre la marouette ponctuée. Parmi les roseaux vivent les rousserolles et les locustelles.
Dans ce type de milieu, il faut citer également toute une variété de reptiles et amphibiens, de libellules et demoiselles ainsi que de papillons.

Source: La Gaume naturelle et ses oiseaux